Note sur la suppression générale des partis politiques, Simone Weil, Paris, 1940, extraits




Quand Einstein vint en France, tous les gens des milieux plus ou moins intellectuels, y compris les savant eux-memes, se divisèrent en deux camps, pour et contre.

Toute pensée scientifique nouvelle a dans les milieux scientifiques ses partisans et ses adversaires animé les uns et les autres, à un degré regrettable, de l'esprit de parti. Il y a d'ailleurs dans ses milieux des tendances, des coteries, à l'état plus ou moins cristallisé.

Dans l'art et la littérature, c'est bien plus visible encore. Cubisme et surréalisme ont été des espèces de partis. On était "gidien" comme on était "maurrassien". Pour avoir un nom, il est utile d'être entouré d'un bande d'admirateurs animés de l'esprit de parti.
De même il n'y avait pas grande différence entre l'attachement à un parti et l'attachement à une Eglise ou bien à l'attitude antireligieuse. On était pour ou contre la croyance en Dieu, pour ou contre le christianisme, et ainsi de suite. On en est arrivé, en matière de religion, à parler de militants.
Même dans les écoles on ne sait plus stimuler autrement la pensée des enfants qu'en les invitant à prendre parti pour ou contre. On leur cite une phrase de grand auteur et on leur dit:" Êtes vous d'accord ou non? Développez vos arguments." (...) Il serait si facile de leur dire:"Méditez ce texte et exprimez les réflexions qui vous viennent à l'esprit."

Presque partout - et même souvent pour des problèmes purement techniques- l'opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s'est substitué à l'opération de la pensée.
C'est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s'est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée.

Il est douteux qu'on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques.

Simone Weil (1909-1943)









La corruption ainsi que le financement occultes et illégales des partis politiques en France nous oblige à repenser le combat politique et son organisation incarnée par les partis politiques.