Elle a peur du noir?


Extrait de son article:

Feuilletant le Magazine Elle comme chaque semaine, j’ai eu le plaisir de tomber sur un reportage photo avec Aïssa Maïga. Dix pages de photos consacrées aux bijoux, avec la superbe actrice pour les sublimer.
Une femme belle, noire, dans Elle, de quoi me réjouir car c’est plutôt rare. Où est le problème me direz-vous ? Dix pages dans Elle ne suffisent pas à obtenir la couverture !






Cette semaine-là ce n’est pas Aïssa qui faisait la couverture mais Cate Blanchett, la bien nommée. Faut-il y voir un message ? Une actrice internationale en couverture de Elle c’est légitime, excepté que la belle n’a qu’une page dans le magazine. Cela n’est pas logique.

Pour tout vous dire : je trouve la démarche hypocrite. Avec la rubrique Elle Vintage de Frieda, Elle a longtemps été un magazine moderne, en phase avec son temps. Qu’en est-il aujourd’hui ? Ce magazine ressemble de plus en plus à celui de Parisiennes CSP ++ …+ quinquagénaire qui ont de temps en temps le désir de s’encanailler. La rédaction du magazine sort un article condescendant sur le look des jeunes filles de banlieues, les « femmes intégrées », ou une série photo avec Aïssa. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles…

À chaque numéro je constate que nous sommes bien loin de l’intégration ! Pour qu’elle existe vraiment, il faudrait bannir le mot black (que j’exècre) associé au mythe du bon sauvage, avec les préjugés qui l'accompagnent : panthère ou funky.

L'accumulation de clichés sur les femmes « blacks » est insupportable. Jusqu’à preuve du contraire nous sommes en France et le mot noir n’est pas un gros mot. Cette manière d’employer le mot « black » comme pour rendre les choses moins violentes ! Cela est du racisme ordinaire. Évidemment la place des femmes noires dans la presse féminine est plus enviable que celle des femmes d'origine maghrébines ou des Asiatiques . Souvent synonyme de sensualité mais la discrimination subsiste. Dans les pages beauté du magazine Elle, les journalistes se sentent obligées de faire des pages spéciales pour parler des peaux noires, mates ou asiatiques.


Dans Glamour, Isa ou Biba dont la cible et la rédaction doivent être plus jeunes. Ces magazines ressemblent plus à leur lectorat, à la France d'aujourd'hui.
Pourquoi ne pas faire des pages modes sans utiliser le mot black, avec des photos de femmes de couleurs et dont le propos, justement, n'est pas leurs couleurs de peau. Nous pourrons vraiment parler d’intégration le jour où une Aïssa ou une Rachida n’aura plus à parler de ses origines.


À ce propos, une suggestion pour la rédaction de Elle à défaut de se rajeunir et se diversifier afin de ressembler à toutes les Françaises. Depuis plusieurs mois nous avons le droit à une propagande Sarkozyste éhontée sur l'ouverture de son gouvernement aux minorités, pourquoi ne pas mettre en couverture Rama, Rachida ou Fadela ? Chacune leur tour évidement car je vois d’ici les trois en couverture avec un titre idiot sur l’intégration réussie. Après tout elles sont des femmes d’aujourd’hui, des femmes qui comptent dans ce pays. Elles et les autres, font bien leur couv avec les coucheuses de la République alors ? Et puis si ce n’est pas assez glamour il y a toujours Aïssa Maïga, Halle Berry (l’oscar ne suffit pas bizarrement), Beyoncé, Maggie Cheung, Aishwarya Rai, Zhang Ziyi, Rachida Brakni… Les femmes de couleurs ne manquent pas.

Je ne veux blesser personne . Je ne dis pas que Elle est raciste, je pense seulement qu’il y a trop de frilosité de la part de la rédaction . Un désir de plaire au plus grand nombre même si cela implique de ne pas se confronter à la réalité.
S’il te plaît mon cher magazine auquel je suis quand même abonnée, regarde par la fenêtre, laisse tomber Carla, Cécilia et Nicolas. Essaye de ressembler un peu plus à ton grand et divers lectorats. Redeviens le magazine que tu as longtemps été, celui des femmes de leur époque !